Non à la messe routine ?

Publié le Mis à jour le

J‘avais terriblement envie de faire un article pour montrer le contraste que nous constatons tous en cette période de confinement.
D’un côté des tas d’innovations. Les gens se surpassent pour transmettre via WhatsApp ou autre des tas d’histoires, de réflexions, de caricatures, de dessins humoristiques…  les gens se surpassent pour imaginer des actes de solidarités ; les personnels soignants se surpassent pour assurer malgré la fatigue et le risque des soins assidus. Les entreprises et les enseignants rivalisent d’ingéniosité en pratiquant comme jamais le télé-travail…
Et puis, de l’autre côté une église catholique qui conserve ses formes figées allant jusqu’au ridicule quelques fois : des curés, voire des évêques montant sur leur clocher ou sur les hauteurs de Fourvière pour bénir la ville endormie avec un ostensoir. On a même vu dans l’Hérault un curé se baladant dans les rues de son village en voiture porteur du même ostensoir; (il est vrai que, doutant peut-être de l’efficacité de son geste, il avait convoqué la presse pour en faire le témoin de sa sollicitude envers ses paroissiens ! à défaut, c’est toujours ça de gagné ) ; on a entendu un évêque appelant de Toulouse à comptabiliser ses Ave Maria  pour parvenir au plan diocésain au chiffre spectaculaire de 500.000 ; on se serait cru au jeu des mille francs…Et puis on a entendu ces plaintes épiscopales : rendez-nous nos messes ! On voudrait anticiper la réouverture de nos lieux de culte !…

Et j’en passe !
C’est à désespérer. Nous nous trouvons en face d’une vieille institution incapable de se réformer, incapable de retrouver son sens profond.
Et puis voilà que je tombe sur cet article de Paul Fleuret paru dans la revue Golias-hebdo.
Magnifique. Je vous laisse le lire en paix.

Je vous recommande en outre d’aller lire l’article suivant : « Jacques Gaillot face à la demande de réouverture anticipée des lieux de culte ». Lien actif >>>ICI

Non à la messe spectacle !

9 avril 2020  14 commentaires

Dimanche 29 mars. Je regarde la messe à la télé. Elle a lieu dans un studio et est présidée par un prêtre assomptionniste en présence de trois dominicains du couvent Saint-Jacques. Le président est revêtu d’une chasuble et les trois prêtres dominicains sont en habit conventuel avec une étole. Pas d’assistance mais par la suite, on découvre la présence de deux femmes. Sur la table-autel, une petite croix «à l’ancienne», pas très belle, deux lumignons et pas de fleurs.

La célébration commence par un chant assuré par les trois dominicains qui font office de chorale. Célébration classique, habituelle : il ne manque pas une virgule au rituel romain établi. Rien d’innovant en cette circonstance particulière de confinement. Deux femmes qu’on n’avait pas vues jusque-là surgissent au moment des lectures bibliques qu’elles assurent après une profonde inclination devant la table-autel – je l’ai dit : rien ne manque. Au moment de la communion, chacun des prêtres prend une hostie et la trempe dans le vin. C’est la communion « sous les deux espèces pas mode d’intinction ». Intinction ? Que signifie ce mot du charabia ecclésial ? Coup d’œil au site de l’Eglise catholique en France : « Le verbe latin intingere signifie littéralement « mouiller » (tingere) « dans » (in).L’intinction est l’acte de tremper quelque chose dans un liquide. La communion par intinction est une des façons de communier sous les deux espèces : le prêtre trempe l’hostie dans le calice contenant le Précieux Sang, avant de la déposer sur la langue du communiant. » On peut noter le vocabulaire du sérail ecclésiastique : les deux espèces, le Précieux Sang – vocabulaire très discutable et incompréhensible au commun des croyants. Mais au fait, les deux femmes lectrices des textes bibliques n’ont pas eu droit à communier ? Eh non ! Pourquoi ? Sans doute parce qu’il aurait fallu qu’elles prennent elles-mêmes l’hostie sur la patène… Après la communion, sur un fond musical à la cithare, une voix off et féminine lit un texte du pape sous forme de prière. Fin de la messe : quelques annonces et souhaits. Vient l’envoi : « Allez et demeurez dans la paix du Christ », dit le prêtre.


C’est décidé : je ne regarderai plus ces messes-spectacles, ces messes confinées entre mâles où les femmes sont moins que rien et où le spectateur n’est que spectateur d’un rite qu’il connaît par cœur. Ces rites eucharistiques qui devraient être un repas, mémorial du dernier repas de Jésus au terme d’une vie engagée, et qui sont en fait une parodie de repas… où l’on ne peut manger le pain partagé (et de plus pas même partagé avec les femmes présentes dans les coulisses). Ces rites figés, la «messe de toujours» comme disent les intégristes – en parlant, eux, du rite de Pie V. Et que dire de l’invitation finale : « Allez dans la paix… » alors qu’on n’a pas – à juste titre – le droit d’aller ailleurs que du salon à la cuisine et à la chambre et au jardin pour les plus chanceux ?


Qu’aurait-il fallu faire d’autre ? Je ne sais mais je suis sûr qu’il aurait été possible d’inventer, de créer, de sortir du tout fait en sortant de la routine. Il est certainement possible de susciter la participation du spectateur : moments de silence musicaux pour inviter à une réflexion-méditation personnelle, choix de chants très connus pour que qui veut chanter chez lui le puisse aussi. Et invention, que diable ! C’est-à-dire sortir de la messe obligatoire, pour une fois, et inventer une célébration autour des textes bibliques !

Et si l’on tient absolument à ce que l’eucharistie ait lieu, abandonner le cléricalisme et le sacré. Quel besoin, par exemple, de s’habiller d’une chasuble, qui n’est qu’un reste du vêtement de cour dans l’Empire romain de Constantinople ? Quel besoin à ce que quatre prêtres disent ensemble les paroles de l’institution eucharistique ? (n’est-on pas alors dans la magie ?) Quel besoin de dire la prière eucharistique officielle avec son langage suranné et incompréhensible ? (Langage incompréhensible ? Par exemple : « Offrande vivante et sainte … le sacrifice de ton Église… Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire… par le sacrifice qui nous réconcilie avec toi…»).

En fait, ce qui est dit ici est valable pour les liturgies habituelles hors période de confinement. On reste dans le rituel, dans l’habituel. Et surtout dans le sacré lequel n’est pas une valeur chrétienne. On ne sort pas d’un langage hérité de l’antiquité chrétienne, langage teinté de théologie et de philosophie gréco-latines : les Prières eucharistiques en vigueur sont des traductions légèrement modernises de prières reçues des premiers siècles. Et l’on s’étonne que les fidèles soient de moins en moins fidèles dans leur présence à ce qui n’est la plupart du temps qu’un spectacle joué par le clergé… 
Paul Fleuret

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